Londres est déjà considérée comme la sixième ville de France par son nombre d'habitants.
Crédits photo : Kirsty Wigglesworth/ASSOCIATED PRESS
Les Français sont plus nombreux à rechercher en ligne des propriétés londoniennes, notamment celles de grande valeur.
David Cameron n'a pas besoin de faire du pied aux Français. Tandis que le premier ministre britannique
annonce un «tapis rouge» aux entreprises hexagonales qui souhaitent échapper à
la taxe à 75% promise par François Hollande,
les agences immobilières londoniennes constatent, elles, un nombre
grandissant de clients français désireux de s'installer dans la capitale
britannique.
Avec une communauté française qui ferait d'elle
la sixième ville de France par son nombre d'habitants,
Londres continue en effet d'attirer de nouveaux Français. Mais depuis
quelques mois, une nouvelle tendance s'installe, selon le cabinet de
conseil en immobilier britannique Knight Frank: ce sont les ultra-riches
qui,
comme les Italiens, les Grecs,
et les Espagnols songent à un exil fiscal. Et multiplient les
recherches en ligne concernant des propriétés londoniennes de grande
valeur depuis le début de l'année. «Nous constatons une forte
augmentation de l'intérêt des investisseurs français qui cherchent à
déménager rapidement avant que la nouvelle taxe sur le revenu proposée
par Hollande n'entre en vigueur», affirme ainsi Liam Bailey, directeur
de la recherche en immobilier résidentiel chez Knight Frank.
Depuis
janvier, les recherches de propriétés londoniennes par des Français sur
le site de Knight Frank ont progressé de 32%. C'est plus que les
Allemands (+16%) et les Grecs (+13%) mais moins que les Italiens(+51%),
les Portugais (+48%) et les Espagnols (+63%).
+30% pour les biens valant plus de 5 millions de livres
Mais
les Français se distinguent par le prix des biens recherchés. Knight
Frank a enregistré une augmentation de 19% des recherches en ligne de
Français intéressés par des appartements dans les quartiers les plus
chers de Londres. À l'inverse, les recherches pour les mêmes propriétés
par d'autres Européens se sont repliées de 9%.
Les chiffres de
Knight Frank montrent même que plus le prix du logement est élevé, plus
les internautes français se pressent: les recherches ont ainsi progressé
de 10,9% pour les appartements vendus entre 1 million et 5 millions de
livres (1,2 million à 6 millions d'euros). Elles grimpent de 30% pour
les biens proposés à plus de 5 millions de livres. En revanche, les
appartements à moins de 1 million de livres accusent presque le même
désintérêt de la part des Français que des autres Européens...
Cependant,
pour l'agence immobilière londonienne Marsh & Parsons, tous les
Français désireux de déménager à Londres ne sont pas des ultra-riches:
«Les recherches sur notre site en provenance de France ont augmenté
d'environ 20 à 25% mais nous n'avons pas encore vu d'impact sur les
ventes. Il ne s'agit pas seulement de personnes à hauts revenus qui
cherchent à déménager à Londres, mais aussi de jeunes gens avec des
salaires plus modestes.»
Marsh & Parsons relativise également
l'impact de la taxe à 75%: «L'ouverture d'écoles françaises dans des
quartiers près de Kensington et Chelsea, comme à Fulham et Chiswick,
signifie que de nouveaux Français vont s'intéresser à Londres. Et pas
nécessairement à cause des projets de taxation des riches en France.»
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» Heureux comme un Français à Londres
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Heureux comme un Français à Londres
INFOGRAPHIES - Ils ont fait leur vie dans la capitale britannique,
apprécient son dynamisme économique et sa qualité de vie. Ils
témoignent.
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«Londres
est désormais la sixième ville de France», s'était amusé Nicolas
Sarkozy à l'occasion de sa visite d'Etat en Grande-Bretagne en 2008.
Avec une population estimée entre 300.000 et 400.000 personnes, la
communauté française est devenue en quelques années l'une des plus
importantes minorités étrangères de la capitale britannique. En dépit de
la crise financière qui a ébranlé la City et durement touché l'économie
du royaume, Londres semble attirer toujours autant les Français, qui
sont de plus en plus nombreux à monter dans l'Eurostar pour traverser la
Manche. «Nous n'avons enregistré aucune baisse du nombre d'inscrits sur
nos listes pendant et après la crise», assure Edouard Braine, consul
général de France à Londres, dont les bureaux sont installés à South
Kensington, le quartier au cœur de la vie tricolore, avec ses cafés et
librairies françaises fièrement installés autour du lycée
Charles-de-Gaulle.
Malgré le départ de nombreux Français après la
chute brutale de Lehman Brothers, fin 2008, les nouveaux arrivants ont
plus que compensé les départs. Finalement, la crise n'a pas
fondamentalement remis en cause les raisons de la formidable
attractivité de la capitale anglaise: une ville qui bouge, ouverte sur
le monde et dotée d'un marché du travail hyperflexible.«On a ici
l'opportunité unique de pouvoir travailler avec tous les pays et toute
l'Europe de la finance», apprécie Laurent Féniou, élégant banquier dans
la très discrète banque d'affaires Rothschild, qui a trouvé à Londres la
carrière internationale dont il avait toujours rêvé depuis son enfance à
Narbonne. Pour Stephan Caron, ancien champion de natation qui a
parfaitement réussi sa reconversion professionnelle dans la finance
après les JO de Barcelone, s'installer à Londres fut presque une
évidence: «J'ai travaillé au départ dans quelques banques à Paris, mais
c'est encore loin du niveau de la City, explique-t-il. C'est aussi
beaucoup plus facile de travailler ici, car les Anglo-Saxons sont
beaucoup plus décomplexés par rapport à l'argent.» Il tient en revanche à
infirmer l'idée fausse selon laquelle on paie moins d'impôts en
Angleterre qu'en France. Avec l'absence de quotient familial et un taux
d'imposition sur le revenu de 50% pour les plus riches, de nombreuses
familles françaises paient des impôts plus lourds en Grande-Bretagne.
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Mais
si la City joue encore un rôle majeur dans l'économie britannique,
l'attractivité de Londres dépasse de loin le seul domaine de la finance.
«A Londres, on a toujours l'impression que quelque chose va se passer
et qu'on va être surpris. On y trouve la diversité et la richesse
ethniques, culturelles et intellectuelles de New York, mais tout en
étant à proximité de l'Europe», apprécie Raphaëlle Khan, jeune étudiante
parisienne de 24 ans, qui vient de finir son master d'affaires
européennes à la London School of Economics. Crise ou non, c'est en
Angleterre qu'elle a décidé de chercher son premier emploi. Elle sait
que le marché du travail est beaucoup plus ouvert qu'en France et que
ses études plutôt spécialisées ne devraient pas l'empêcher de trouver
des postes assez variés. «Les Anglais ne sont pas très attachés aux
intitulés des diplômes, ils s'intéressent beaucoup plus à l'expérience»,
explique-t-elle.
Un constat que confirme à 100% Clémence de
Crécy, une jeune Française qui a créé avec succès sa propre entreprise
de relations presse à Londres. «Après un peu moins d'un an d'expérience
dans la communication en Angleterre, j'ai postulé pour des postes de
chef de projet en France, raconte-t-elle. Mais on ne m'a proposé que des
stages ou des postes très juniors, je suis donc restée en
Grande-Bretagne, où on m'a donné ma chance.» Comme bien des Français
expatriés, cette jeune entrepreneuse déplore le poids des charges
salariales et les lourdeurs administratives dans son pays d'origine.
«Quand j'ai voulu ouvrir une structure à Paris, en 2009, ça m'a pris
trois mois, alors que pour créer mon entreprise en Angleterre, j'avais
tout fait sur internet en vingt-quatre heures», témoigne-t-elle.
Totalement intégrée dans la vie londonienne, elle n'envisage plus de
rentrer en France comme 30% des personnes interrogées dans notre
sondage.
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Eric
Chemla, chirurgien installé à Londres depuis 2002, est encore plus
critique sur les archaïsmes et les lourdeurs du système français. «Je me
suis heurté à la politique de nomination dans les hôpitaux français, ça
ne marchait que par réseau, connexions et copinage», se souvient-il.
Ecœuré par «les vacations payées 11000francs par mois» qu'on lui
proposait dans un important hôpital public parisien, à 34 ans, avec une
spécialité de chirurgien vasculaire, il a répondu à une offre d'emploi
anglaise sur internet. Sélectionné en 2002 «au terme d'une procédure
d'embauche très carrée, très transparente», il devient chirurgien au St
George's Hospital, un grand établissement public dans le sud-ouest de la
capitale. Neuf ans plus tard, il dirige un tiers des services de
l'hôpital, soit plus de 2 000 personnes. «Ils m'ont donné ma chance, et
je leur serai reconnaissant à vie», déclare-t-il avec une émotion
sincère. Symbole de sa volonté d'intégration, il a acheté une jolie
maison dans l'un des très nombreux quartiers résidentiels de la
capitale, a pris la nationalité britannique et a inscrit ses trois
enfants dans le système scolaire britannique. «Jamais je ne retournerai
en France pour travailler. Jamais!» affirme Eric.
«Je suis arrivé
en 1991 pour apprendre l'anglais et j'avais l'intention de rester un
an», explique Thierry Tomasin avec un bel accent du Sud-Ouest. Vingt ans
après avoir démarré comme simple commis serveur, cet ancien joueur de
rugby s'est imposé comme l'un des meilleurs sommeliers de
Grande-Bretagne et est désormais le patron de son propre restaurant,
l'Angélus, qu'il a ouvert en 2007 dans le quartier chic de Bayswater, au
nord de Hyde Park. «Je ne pense pas que j'aurais pu faire ça en France,
estime-t-il. En Grande-Bretagne, on donne à celui qui en veut et qui
travaille dur la possibilité de réussir. En France, il faut attendre que
quelqu'un meure ou parte à la retraite pour prendre sa place.» Avec des
étincelles dans les yeux, le Gascon qui a grandi à Beaumont-de-Lomagne
raconte comment son parcours l'a amené à «servir la reine Elisabeth lors
d'un dîner privé» et «à faire la cave personnelle de Brad Pitt».
Et
si la majorité des Français sont venus en Angleterre pour des raisons
professionnelles, ils sont aussi nombreux à trouver que la qualité de
vie peut y être excellente. «Au départ, je n'avais aucune envie de
quitter Paris, que j'adorais, explique Charlotte du Jour, illustratrice
et mère de trois enfants, qui a dû suivre son mari, J'avais une image
terne et triste de Londres, qui s'est révélée complètement fausse.
J'apprécie les très nombreux espaces verts, la propreté générale et le
fait que les gens sont respectueux, moins agressifs qu'à Paris.» Elle
avoue tout de même que l'intégration n'a pas été facile, notamment à
cause de son niveau d'anglais, et qu'il lui a fallu deux ans pour
apprécier son nouveau lieu de vie.
Même constat pour le rugbyman
Serge Betsen, qui a quitté Biarritz en 2008 pour terminer sa brillante
carrière au club londonien des Wasps. «J'avais fait le choix de venir en
Angleterre à la fois pour découvrir le rugby anglo-saxon et pour
apprendre la langue, que je considérais comme indispensable pour
préparer mon après-rubgy, explique l'ancien troisième-ligne de l'équipe
de France, âgé de 37 ans. Au quotidien, avec ma femme et mes deux
enfants, ça n'a pas été évident, et cela nous a demandé beaucoup de
détermination et de patience pour nous intégrer.» Attablé à la terrasse
ensoleillée d'un café près de son domicile d'Ealing, dans l'ouest de
Londres, Serge Betsen paraît désormais heureux, et prend plaisir a
dénoncer un cliché tenace. «Tout ce que l'on m'avait dit sur le mauvais
temps londonien est faux, s'amuse-t-il. Ici, il pleut beaucoup moins
qu'à Biarritz!»
Clémence de Crécy
Chef d'entreprise
Après
un premier passage en Angleterre en1999, dans le cadre d'études de
droit, Clémence de Crécy est rentrée en France pour suivre une formation
de marketing. Jeune diplômée, c'est à Londres qu'elle trouve tout de
suite un vrai boulot en CDI dans une agence de communication. A
seulement 27ans, elle se lance et crée sa propre entreprise de relations
presse à Londres, Clémentine Communications, qui emploie désormais huit
personnes à Londres et trois à Paris. Clémence est mariée avec un
Anglais et mère de deux jeunes enfants.
Stephan Caron
Banquier, ancien champion de natation
Malgré
son très beau palmarès en natation, avec deux médailles olympiques et
un titre de champion d'Europe, Stephan Caron était en fait destiné à la
finance. «Depuis que je suis gamin, j'ai toujours rêvé de travailler
dans la City», explique-t-il. Il a réussi à mener sa carrière sportive
tout en continuant ses études de commerce à Paris, à l'ISG, puis à
l'ESCP. Après les Jeux de Barcelone en1992, il commence sa carrière
financière dans une grande banque à Paris. Aujourd'hui, à 44ans, il a
réalisé son rêve et dirige une équipe de 200personnes au sein d'une
grande banque américaine spécialisée dans le financement d'entreprises
et de projets industriels.
Raphaëlle Khan
Jeune diplômée
Un
père d'origine indienne, une mère française, Raphaëlle Khan a fait
toute sa scolarité à Paris. Lors de sa troisième année à Sciences Po,
elle part à New York: «J'ai beaucoup aimé être expatriée, mais New York
m'oppressait et j'avais envie de rentrer en Europe», raconte-t-elle.
Elle arrive à Londres à l'automne 2009 dans le cadre d'un double master
d'affaires européennes entre Sciences Po et la London School of
Economics. La diversité ethnique et culturelle ainsi que le dynamisme de
la capitale anglaise ont séduit Raphaëlle, qui cherche son premier
emploi à Londres.
Thierry Tomasin
Restaurateur, patron de l'Angélus
Originaire
de Gascogne, Thierry Tomasin est arrivé à Londres en1991 à l'âge de
20ans pour apprendre l'anglais. Il commence comme simple commis serveur
au Gavroche, l'un des meilleurs restaurants de la capitale anglaise,
deux étoiles au Guide Michelin. Il travaille dur, et le chef Michel Roux
lui confie les clés de sa cave alors qu'il n'a que 21ans. Thierry
Tomasin devient un sommelier réputé, élu meilleur ouvrier de
Grande-Bretagne en1996. En2007, il ouvre son propre restaurant,
l'Angélus, dans un quartier proche de Notting Hill.
Charlotte du Jour
Dessinatrice, www.charlottedujour.com
Même
si son vrai nom est Charlotte Renon, ses fans, à Londres comme en
France, la connaissent sous le nom de Charlotte du Jour, son pseudo sur
le blog homonyme qu'elle a lancé en 2008. L'idée était de réaliser un
dessin humoristique par jour, sur des thèmes inspirés de son quotidien
et de son groupe d'amies de l'école française de Fulham, dans le
sud-ouest de Londres. Le succès aidant, avec 90 000 visiteurs l'année
dernière, Charlotte du Jour dessine désormais à plein temps pour des
clients en Angleterre, en France et dans le mondeentier.
Eric Chemla
Chirurgien
«Je
suis arrivé à Londres le 30 août 2002», se souvient avec précision Eric
Chemla. Avant de se décider à quitter la France, ce chirurgien
vasculaire spécialiste de la transplantation ne se voyait proposer que
des vacations payées une misère dans un grand hôpital parisien. Neuf ans
après avoir traversé la Manche, le chirurgien français a pris du galon
et dirige désormais un tiers des services du St George's Hospital de
Londres. Ses trois enfants vont dans une école anglaise, il a pris la
nationalité britannique et n'envisage pas de rentrer en France.
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